Les formes sexuées du salariat
Béatrice APPAY

Objectif, question
Le concept de précarisation sociale identifie les processus de fragmentation et la dégradation du salariat qui s’aggravent depuis « la crise » du milieu des années soixante-dix, selon une dynamique que l’on pourrait qualifier de « déstabilisation des stable ». En privilégiant l’idée de précarisation plutôt que de précarité, c’est non seulement affirmer la volonté de réintroduire une perspective dynamique qui est indispensable pour appréhender les transformations des relations de travail. C’est aussi donner à comprendre que la précarité ne concerne pas seulement les situations à la marge dans le marché secondaire du travail, mais qu’elle traverse l’ensemble de la société, tout en les affectant différemment. La recherche présentée ici se propose en partant de l’organisation du travail dans la grande distribution d’analyser quelles sont aujourd’hui les formes sexuées du salariat dans ce secteur à la pointe de l’organisation du travail du point de vue de la gestion des flux tendus dont les principes s’appliquent aujourd’hui à la gestion du personnel. Il s’agit ici de reprendre les figures salariales de la caissière et du « petit cadre » pour explorer comment les nouvelles formes d’organisation du travail qui privilégient la flexibilité et le dévouement à l’entreprise sont fondamentalement sexuées, en relation étroite avec les rôles familiaux et les modalités d’investissement familial et les transformations contemporaines du salariat. On examinera si la disponibilité permanente exigée par l’entreprise se différencie du point de vue du genre et si les modes d’individualisation varient selon les sexes en liaison ou non avec les processus de précarisation.

Description, méthodologie
Traitement de données empiriques rassemblées sur le secteur de la grande distribution concernant l’organisation du travail, d’entretiens menés auprès de salarié(es) de ce secteur permettant d’explorer leurs conditions de vie, leurs expériences dans et hors de l’entreprise, selon les sexes.