Sociabilité en institution : le cas de la fête
Anne
MONJARET

Objectif, questions
Les formes de sociabilité dans les institutions ne sont pas pour moi un questionnement nouveau, il prolonge ma thèse sur la fête de sainte Catherine. La sociabilité au sein des entreprises reste cependant un axe central de mon travail me permettant de croiser des thèmes tels que ceux des pratiques de jardinage, de l'alimentaire ou encore festives. Par ailleurs, un autre thème est apparu incontournable et pertinent pour la compréhension des institutions : celui des usages associés à l'emploi du nom, du prénom et des surnoms ou des termes d'adresse, appellatifs pour reprendre la terminologie des linguistiques, de tutoiement et de vouvoiement.

Description, méthodologie
Là encore, des questions ont été insérées dans le guide d'entretien consacré entre autres au thème de la sociabilité dans les hôpitaux (depuis 1997) et le Musée des Arts d’Afrique et d’Océanie (2002). Il s'agit maintenant de poursuivre le dépouillement de ces matériaux.

Résultats
J’ai déjà amorcé une réflexion sur la place de la fête en général. Fête et travail, fête au travail, deux objets de recherche qui se croisent et se répondent, et ce même si au première abord, ils semblent antinomiques, du moins dans les images que souhaitent véhiculer tant l’entreprise que les salariés qu’elle emploie. Faire la fête au travail sous-entendrait ne pas travailler, ne pas assurer pleinement ce dont pourquoi le travailleur est payé, c’est-à-dire assumer une fonction et les tâches précises qui lui reviennent. La fête dans l’entreprise n’a rien d'un phénomène illusoire, et sous son apparente légèreté, se cache une réelle efficacité sociale et symbolique, celle d'attacher l'individu à la vie de l'entreprise en lui permettant ponctuellement de se réaliser autrement que dans une stricte tâche professionnelle. Cette fonction est particulièrement sensible dans les milieux, les entreprises en restructuration. Peut-on alors s’étonner de la place de ces petites fêtes en marge du travail ? Il est temps de s'intéresser à la pertinence d’un tel objet de recherche et de dépasser les analyses qui situent ces pratiques extra-professionnelles dont la fête dans un seul rapport social et hiérarchique : «temps volé au travail», «petits profits du travail salarié» «moments, produits et plaisirs dérobés» (Bozon, Lemel, «Les petits profits du travail salarié. Moments, produits et plaisirs dérobés») ou «braconnage» (Bouvier, Le travail au quotidien) ou encore «récupération ou (de) détournement» (Grignon, «Le "je-ne-sais-quoi" et le "faute de mieux"», Casse-croûte) sont-ils les termes appropriés pour définir ces usages ? Cette interprétation propose de regarder les faits à travers le prisme des rapports de force voire de lutte entre classes sociales, mais surtout à travers le positionnement des parties face à la règle et l'interdit. Ne pourrait-on pas en soumettre une autre qui placerait ces moments et ces activités hors travail du côté de la norme ? Que dire en effet lorsque ces pratiques sont tolérées par l'encadrement, ce qui est souvent le cas ? En quoi apparaissent-elles aux yeux du salarié comme une compensation transgressive ? Ces explications paraissent insatisfaisantes, du moins ne sont pas suffisantes car elles ne relatent qu'un des aspects de formalisation des relations dans l'entreprise ? La réalité est plus complexe. Ces relations ne se construisent pas seulement sur des rapports de clivage mais aussi d'adhésion ou de neutralité ; c'est sans doute ainsi que se fait la recherche d'équilibre des forces sociales. Les pratiques ritualisées n’en sont que le reflet.

Publication
Monjaret (Anne), 2001, « La fête, une pratique extra-professionnelle sur les lieux du travail », Revue Cités, n° 8, pp. 87-100.

Communications
Monjaret Anne, avril 2001, « La ritualisation dans le travail de bureau en France », atelier « Le rite et ses métaphores : théâtre, jeu, travail », responsable Houseman (Michael), Laboratoire : Systèmes de pensée en Afrique noire (EPHE-CNRS), Ivry.