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Fermeture, réflexion
générale
Anne MONJARET
Objectif, questions
Hier, la fermeture des mines et des industries textiles du Nord, des sites
des bassins houillers de Lorraine, annonçait une crise, le déclin
d’activités industrielles, et plus sûrement une mutation
économique. Ces fermetures de mono-industrie, à fort monopole
communal et régional, ont eu des conséquences sociales sans
précédent pour la manœuvre locale, modifiant les donnes
du marché de l’emploi et restructurant parfois le paysage
du territoire. Les cheminées ont progressivement disparu des campagnes
et des villes signifiant clairement la disparition d’activités.
Il reste néanmoins des traces symboliques et matérielles,
des témoignages qui cristallisent les mémoires professionnelles
et territoriales et encore des représentations (peintures, photographies…).
Ces fermetures annonçaient aussi d’autres ouvertures, le
déploiement de nouveaux marchés ainsi que de nouvelles formes
d’activités du secteur secondaire (technologie de pointe
par exemple) comme du secteur tertiaire. Aujourd’hui encore les
ouvertures d’entreprise n’ont jamais cessé compte tenu
de l’expansion de certains marchés et des nouvelles configurations
économiques, mais nous assistons toujours à des fermetures
d’établissement, définitives ou suivies d’une
délocalisation qui touchent aussi bien les secteurs du privé
que du public. Les entreprises Cellatex, Moulinex, Alcatel, les magasins
Mark and Spencer, les hôpitaux Broussais, Laennec et Boucicaut ou
bien le Musée des Arts d’Afrique et d’Océanie
sont autant d’exemples contemporains qui soulignent l’importance
et l’étendue du phénomène, et sont révélateurs
des mutations économiques et sociales, des enjeux politiques également.
Il me paraît intéressant de saisir l'entreprise à
ce moment de mobilité et de bouleversement organisationnel : circulation
du personnel, abandon, déplacement et acquisition des objets (outils
de travail, mobilier, etc.). Ordre et désordre, continuité
et changement, quotidien et rituel, dépossession et appropriation
des espaces définissent ce temps à la fois de rupture et
de passage. Générateur de discours et de pratiques, le déménagement
est aussi un révélateur des modes de fonctionnement des
entreprises. Il s'agit également pour moi de nourrir une problématique
transversale à mes travaux de recherche, celle des rapports entre
sphères privée et professionnelle et de voir comment dans
un tel contexte s'ajustent intérêts collectifs (participations
aux affaires générales de l'entreprise), intérêts
professionnels (activité, environnement, etc.) et intérêts
personnels (intime, familial).
Face à de telles situations, le chercheur en sciences sociales
ne peut rester indifférent, il est d’ailleurs régulièrement
conduit à répondre à la demande sociale. Sollicité
dans une démarche de diagnostic, patrimoniale et plus implicitement
d’accompagnement social voire au travail de deuil, il réalise,
sur site, un travail ethnographique autour de la mémoire des personnels
et des lieux. Il peut également chercher à rendre compte
des conditions de travail, de l’impact des licenciements et de la
reconversion, des relations sociales, autrement dit, il détecte
les mécanismes du changement.
Description, méthodologie
Il reste que c’est à la suite d’études commanditées
qu’un besoin d’une prise de distance pour traiter le sujet
s’est formalisé, qu’une envie de compréhension
comparative de telles situations a émergé et qu’un
souci d’approfondir la question des fermetures des lieux de travail
s’est confirmé. Dès fin 1997, une recherche collective
(CEF-MNATP/AP-HP) sous la responsabilité scientifique de M.-C.
Pouchelle sur la fermeture et le transfert de trois hôpitaux parisiens
(Monjaret, Ethnologie française, 2001-1) que je poursuis depuis
2001 de façon autonome, ainsi que la co-animation avec A.-F. Garçon,
P. Smith, G. Delhumeau d’un séminaire sur le thème
« Démolition, Disparition, Déconstruction »
(2002) au CNAM (CDHT) durant trois ans, et enfin plus récemment,
la réalisation avec Jacqueline Eidelman d’une enquête
(CERLIS) sur les mémoires du personnel du Musée d’Art
d’Afrique et Océanie m’ont incité à élargir
la réflexion en sollicitant des collègues ayant croisé
cette thématique dans leur recherche et à commencer un bilan
bibliographique.
Publications
- Garçon (Anne-Françoise), Smith (Paul), Monjaret (Anne),
Delhumeau (Gwenael), 2002, «Pour introduire la réflexion...»,
Démolition, Disparition, Déconstruction, Documents pour
l’histoire des techniques, CDHT-CNAM, pp. 1-6.
- Monjaret (Anne) (dir.), « Quand les entreprises ferment…
», Ethnologie française, 2005-4.
Communication
Monjaret (Anne), mars 2004, « Anthropologie de la fermeture : le
cas d’institutions parisiennes », Colloque S.E.F.-Sociedad
Espanola de Antropologia Aplicada, Bordeaux, 24-26
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