L’équipe « Éducation » du CERLIS est
issue du laboratoire de « Sociologie de l’éducation
», créé en 1962 par Viviane Isambert–Jamati
au sein du Centre d’Études Sociologiques, puis dirigé
par elle dans l’Université Paris 5 – René
Descartes. Ce laboratoire associé au CNRS a ensuite été
dirigé par Eric
Plaisance de 1985 à 1997-1998, date à laquelle il
a été intégré au sein du CERLIS, en compagnie
d’autres groupes de recherche.
L’éducation est comprise dans un sens qui ne la limite
pas à la scolarisation. Les évolutions contemporaines
qui se traduisent par de profondes mutations du poids institutionnel
de l’école rendent indispensable cet élargissement
: l’école n’est plus gouvernée par des valeurs
intangibles et ses acteurs n’agissent plus selon la motivation
de la « vocation ». La formation s’est diversifiée
et s’est étendue à d’autres âges de
la vie que l’enfance et la jeunesse. Le concept de socialisation
offre davantage un axe directeur qui permet de fédérer
les recherches menées par les membres de l’équipe
dans la diversité de leurs thématiques particulières.
Encore faut-il entendre la socialisation non seulement dans son axe
vertical, fortement conceptualisé dans les analyses classiques
de Durkheim (des générations adultes vers « celles
qui ne sont pas encore mûres pour la vie sociale »), mais
aussi selon un axe horizontal (relations entre pairs) et selon des modalités
interactives. De plus, l’attention des membres de l’équipe
se porte particulièrement vers les transformations en cours,
soit des institutions, soit des formes d’action. Dans cette même
perspective, sont analysées les tensions et les contradictions
au sein des évolutions des politiques scolaires et sociales qui
voient se confronter des acteurs pouvant avoir des orientations divergentes,
voire des intérêts opposés.
L’approche historique est représentée
dans l’équipe par des recherches portant, d’une part
sur l’éducation des filles (Rebecca
Rogers), d’autre part sur la formation des adultes (Françoise
Laot). Est notamment traitée l’histoire de la mixité
en Europe sous l’angle des doctrines politiques et religieuses
et des pratiques (Rebecca
Rogers). Une autre recherche en cours est consacrée à
une enseignante française qui a créé la première
école de jeunes filles musulmanes en Algérie en 1845.
Elle permet d’interroger les catégories de genre, de race,
de classe et de nation dans le contexte colonial (Rebecca
Rogers). La formation des élites féminines est aussi
traitée dans le cas du Brésil, en utilisant le concept
de «culture scolaire catholique d’inspiration française»
(Angela
Xavier de Brito). La formation des adultes est abordée sous
l’angle de son développement au XIXème siècle
(et selon quel rapport au savoir) et dans l’après deuxième
guerre mondiale (projet d’éducation permanente) (Françoise
Laot).
En lien avec la question de l’éducation
populaire, de ses redéfinitions et recompositions, le
lien d'association est traité comme une configuration
de plus en plus développée et symbolique du lien social
(Roger
Sue). Ce lien est étudié du point de vue des rapports
sociaux dans différents milieux (famille, entreprise, loisir,
vie militante), des institutions et des politiques (mode de structuration
et de représentation des associations, comme contribution à
une redéfinition de l'action publique et de la nature du politique)
et du développement d’une économie civique et du
point de vue institutionnel et politique.
Les recherches portant sur la sociologie de
l'enfance en développement dans le champ francophone
ont donné lieu à un ouvrage original jouant un rôle
fédérateur des recherches aussi bien françaises
qu’étrangères (Régine
Sirota). Un bilan de type comparatif sur la naissance et l´évolution
de la sociologie de l´enfance se poursuivent sur une dizaine de
pays dans le cadre d´une collaboration internationale. Développées
par le même auteur, des recherches de terrain portent sur les
rites et rituels contemporains de l'enfance, recherches qui s'opposent
à l'affirmation d'une dé-ritualisation de la société
contemporaine, plus précisément avec l’analyse de
type ethnographique de l'anniversaire en tant que rite contemporain
de socialisation et mise en représentation de l'enfance.
L’attention accordée à la socialisation
de la petite enfance donne lieu à des travaux
qui analysent la relation des parents aux différentes modes de
garde, et dans ce cas principalement hors école maternelle (Eric
Plaisance, Catherine
Bouve, Muriel
Letrait). Les « choix » effectués par des parents
pour leurs enfants âgés de 0 à 3 ans sont analysés
à la fois sous l’angle quantitatif (analyse secondaire
de résultats à une enquête par questionnaires) et
sous l’angle qualitatif (entretiens approfondis de parents en
milieu rural et en milieu urbain). L’accent est surtout porté
sur les processus à l’œuvre dans les démarches
accomplies par les parents, dans les solutions finalement adoptées,
dans leurs manières de se représenter les avantages et
les inconvénients des modes de garde.
Un accent est particuliérement porté
sur les transformations qui touchent conjointement aux politiques de
scolarisation et de formation, aux institutions et aux professionnels
concernés. Les recherches sur l’école proprement
dite prennent les formes suivantes :
- L’analyse des déterminants sociaux d'accès aux
fonctions de direction d'établissements scolaires pour les hommes
et les femmes (Gilles
Combaz),
- L’analyse du rôle de l'école dans le maintien des
inégalités entre filles et garçons, en prenant
l'exemple de l'éducation physique et sportive (Gilles
Combaz),
- L’analyse de la territorialisation des politiques éducatives
et de ses conséquences (Martine
Kherroubi), par exemple en termes de relative autonomie dévolue
aux établissements scolaires et de mise en oeuvre de la politique
« zones d'éducation prioritaires »,
- L’analyse des débuts de carrière des enseignants
et de la coéducation école/familles (Martine
Kherroubi).
La professionnalisation à l’Université
est l´objet d´une recherche de terrain sur la transformation
du modèle universitaire et le déplacement de ses finalités
(Catherine
Agulhon) : il s’agit d’observer les effets des réformes
en cours qui valorisent les diplômes de type professionnel, de
les analyser en termes de gestion, de régulation des flux, de
conception des savoirs, et aussi d’intégration des étudiants
étrangers. La question de l’accueil et de l’intégration
des étudiants étrangers est menée en collaboration
avec Angela
Xavier de Brito, qui travaille spécifiquement sur les étudiants
brésiliens en France.
Un autre ensemble de recherches portent sur des populations
spécifiques ou plutôt repérées comme telles.
La question du handicap ou plutôt des handicaps
de l’enfance est un champ de recherche qui mobilise plusieurs
membres de l’équipe (Eric
Plaisance, Cornelia
Schneider, Aliette
Vérillon, Brigitte
Belmont, Alexandra
Pawlowska). Bien qu’une recherche antérieure ait été
essentiellement « non scolaire » (Catherine
Bouve, Eric
Plaisance, rapport CNAF de 2005 sur “handicap et petite enfance”),
l’angle d’approche est ici scolaire. Il s’agit de
cerner les conditions concrètes dans lesquelles se réalise
une éducation dite « inclusive » selon le vocabulaire
international, c’est-à-dire un accueil et une éducation
d’enfants dits « handicapés » parmi les autres
dans les écoles ordinaires, comme le préconise la loi
de 2005 sur les personnes handicapées. Les conditions matérielles
d´accueil mais surtout les conditions humaines sont étudiées.
Ainsi une enquête porte sur les auxiliaires de vie scolaire (AVS)
chargés de l’aide à l’intégration scolaire
dans le département de Seine Saint Denis. Le rapport aux études
de populations en milieu carcéral est encore
analysée en tenant compte de leur histoire scolaire (dans une
perspective de continuité/rupture entre l’extérieur
et l’intérieur, d’avant/pendant l’incarcération)
et en s’interrogeant aussi sur leur propre perception de l’école
en général (Fanny
Salane).
La diversité des objets de recherche mais aussi des problématiques
posées induit logiquement une grande diversité des approches
méthodologiques. Elles vont donc des méthodes de repérage
et d’analyse des sources, chères aux historiens, aux enquêtes
quantitatives par questionnaire et aux enquêtes qualitatives par
observation et par interviews. Certains chercheurs de l’équipe
utilisent ces différentes méthodes conjointement, dans
le cadre d’une approche ethnographique. L’analyse documentaire
sur des bases diverses est aussi dans certains cas retenue comme imndispensable.
De nombreuses collaborations internationales sont mises en œuvre
dans l’équipe, aussi bien en Europe qu’au delà.
Dans certains cas, les terrains mêmes de recherche se situent
à l’étranger (Brésil) mais, plus généralement,
il s’agit de réseaux internationaux actifs auxquels les
membres de l’équipe participent (AISLF, AIS, REEFI, par
exemple) ou encore de subventions de recherche internationales qui impliquent
la confrontation des résultats de recherche entre différents
pays (par exemple, subvention européenne Comenius et subvention
canadienne sur l’inclusion scolaire). Les réseaux européens
de recherche sont aussi largement facilitées par les actions
Socrates – Erasmus qui sont dédiés à la formation
mais, de fait, qui permettent aussi aux enseignants de participer à
des séminaires de rechrche dans différents pays.
Cette inscription internationale se traduit dans l´équipe
« Education » par l’organisation d’un séminaire
régulier sur la circulation internationale des modèles
éducatifs. L'interrogation principale porte sur la construction
internationale contemporaine de l'espace discursif des politiques scolaires
et des normes éducatives. Des collègues étrangers,
souvent en séjour post-doctoral dans l’équipe, participent
régulièrement à ces séminaires, en y présentant
l’état de leurs recherches.